Didier Antoine

Je me suis converti à l’âge de vingt ans, en 1982. Rien de spectaculaire, aucun bouleversement visible, mais une série de rencontres décisives, presque silencieuses. Parmi elles, celle des équipiers de la Mission Ouvrière saints Pierre et Paul fondée par Jacques Loew, prêtre dominicain dont la vie et la pensée ont profondément marqué mon chemin spirituel.
Bien que baptisé dans mon enfance, mon véritable catéchisme d’adulte s’est construit ailleurs : dans la fréquentation directe de l’Évangile, d’abord, puis à travers des lectures fondatrices. Trois ouvrages de Jacques Loew… Dans la nuit j’ai cherché, Comme s’il voyait l’invisible, Ce Jésus qu’on appelle Christ… ainsi que celui de Madeleine Delbrêl, Nous autres, gens des rues, ont nourri une foi incarnée, enracinée dans le réel, loin des discours abstraits.
Engagé dans ma paroisse au sein de la Mission Ouvrière Pierre et Paul (MOPP), j’y ai rencontré celle qui allait devenir mon épouse. C’est dans ce même cadre que nous nous sommes mariés, et que nos enfants ont été baptisés. La foi n’était pas pour nous un concept, mais une vie partagée, une expérience communautaire.
Durant vingt-trois années, j’ai exercé des responsabilités professionnelles au sein de deux institutions catholiques, dans le domaine financier. Parallèlement, je me suis engagé bénévolement dans différentes commissions diocésaines, allant jusqu’à collaborer avec des instances en lien avec la Conférence des évêques de France. J’ai également été impliqué dans des actions de prévention concernant la drogue et l’alcool chez les jeunes, un domaine dans lequel l’Église de France a, selon moi, écarté à tort des outils précieux, comme le document du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé : Église, drogue et toxicomanie.
Mais cet engagement m’a aussi exposé à une réalité plus sombre. J’ai été témoin de pratiques profondément contraires à l’Évangile : jeux de pouvoir, logiques d’exclusion, violences institutionnelles, qu’elles soient religieuses ou portées par des élites laïques. J’ai vu des femmes et des hommes relégués, écartés sans ménagement, simplement pour avoir exprimé une parole libre ou cessé de correspondre aux attentes d’un système. J’en ai moi-même fait l’expérience.
Avec le temps, j’ai constaté combien certaines formes de gouvernance ecclésiale reposent sur des mécanismes de cooptation fermés, difficilement contestables, où les équilibres de pouvoir semblent figés.
Les révélations successives concernant les abus sexuels, les emprises spirituelles et les violences physiques ont constitué un véritable séisme moral et spirituel. Elles ont mis en lumière des réalités longtemps occultées : des vies brisées, des personnes détruites, une confiance profondément trahie.
Écarté brutalement, j’ai traversé une période de dépression sévère, nécessitant un traitement médicamenteux, qui a duré près de trois années. Cette épreuve m’a profondément marqué. Peu à peu, j’ai trouvé un chemin de reconstruction, notamment grâce à la pratique de la méditation de pleine conscience, qui m’a permis de réhabiter ma foi autrement, dans une forme de justesse intérieure, libérée des cadres oppressants.
Aujourd’hui, de cette traversée est née une initiative : L’École de la Foi Jacques Loew.
Elle s’adresse à toutes celles et à tous ceux qui ont pris leurs distances avec l’institution ecclésiale, pour des raisons personnelles, spirituelles ou liées à des blessures vécues. Il ne s’agit pas de convaincre ni de ramener, mais d’ouvrir un espace de réflexion, de liberté, et de relecture des Évangiles, hors des logiques de pouvoir et de domination.
Car il existe un lieu que nul ne peut confisquer : le cœur humain.
Heureux ceux qui sont à distance : la vérité demeure au fond de leur cœur.
Didier Antoine
