
Le constat
Présentation
Croire autrement, hors des logiques de domination.
Une école de la foi née de ruptures et de fidélités.
L’École de la foi Jacques Loew s’adresse à des femmes et des hommes, à des jeunes, qui se reconnaissent dans une spiritualité chrétienne vivante, mais qui ont pris leurs distances vis-à-vis de l’Église catholique institutionnelle.
Beaucoup ont quitté l’Église pour des raisons diverses. C’est un constat que je fais depuis quarante ans : des constats souvent douloureux, parfois violents, parfois empreints de résignation. Je précise que mes propos relèvent d’une vue d’ensemble, d’une observation globale située au début du deuxième quart de notre siècle.
Une foi en quête de sens hors des cadres institutionnelles
Pour de nombreux croyants, la prise de distance avec l’Église institutionnelle s’explique d’abord par une profonde déception, parfois vécue comme un rejet global. Beaucoup ont le sentiment que leur vie de foi ne répond plus à leurs besoins existentiels. Les célébrations et les discours leur paraissent répétitifs, souvent tristes, éloignés de l’expérience concrète de la vie, et incapables d’accompagner les doutes, les épreuves et les transformations personnelles. Ce manque de sens et de nourriture spirituelle a peu à peu fait naître l’idée que la foi pouvait se vivre autrement, en dehors des cadres proposés par l’institution catholique.
Une soif spirituelle laissée sans réponse
Pour d’autres, la rupture s’est opérée au niveau même des croyances. Des croyants évoquent une perte de confiance dans les enseignements ; les doctrines et la morale apparaissent de moins en moins crédibles, déconnectées des connaissances contemporaines, de l’expérience humaine et des réalités sociales. Ce décalage entre le discours officiel et ce que vivent les individus au quotidien a nourri un scepticisme croissant, jusqu’à rendre impossible l’adhésion intellectuelle et spirituelle aux propositions de l’institution.
Une Eglise perçue comme fermée et peu accueillante
Pour d’autres, le départ s’explique aussi par le sentiment que l’Église n’est plus un lieu accueillant. Des témoignages évoquent une institution perçue comme fermée, normative, parfois méfiante à l’égard de toutes celles et de tous ceux qui ne rentrent pas dans ses cadres, dont les parcours sont atypiques ou marqués par le doute. Les situations de vie complexes y trouvent difficilement leur place. Cette absence d’hospitalité réelle, ressentie par beaucoup, a installé l’idée que l’Église ne sait plus accueillir. Nombreux estiment que si elle était réellement ouverte, accueillante et à l’écoute de tous, elle ne serait pas confrontée à la désertion de ses bancs, mais, au contraire, à l’afflux de personnes en quête de sens… et Dieu sait qu’il y en a.
Un fossé moral entre l’institution et les vies réelles
Les désaccords avec certaines positions morales de l’Église constituent une autre cause majeure de prise de distance. Les enseignements sur l’avortement, l’homosexualité et la contraception sont souvent perçus comme rigides, déconnectés des réalités vécues et peu attentifs aux situations concrètes des personnes. De nombreux croyants se sentent jugés plutôt qu’accompagnés. Le débat n’est jamais apaisé, et beaucoup en souffrent. Cette mise à l’écart concerne particulièrement toutes celles et tous ceux qui vivent à la marge des normes ecclésiales : chrétiens divorcés et remariés, familles monoparentales, personnes homosexuelles, mais aussi, plus largement, des personnes handicapées confrontées à une pastorale insuffisante ou à un manque de moyens, et donc pas suffisamment attentive à leurs réalités. Pour beaucoup, ce décalage moral a rendu l’appartenance ecclésiale douloureuse, voire impossible.
Question sur la hiérarchie et le pouvoir
Pour beaucoup, cela constitue un autre motif central de rupture. De nombreux chrétiens dénoncent une Église organisée sur un modèle vertical, où les décisions restent confisquées par une minorité, une élite bien structurée. Si le pouvoir n’est plus seulement clérical, il apparaît aujourd’hui largement accaparé par une élite laïque proche des centres décisionnels, peu représentative de la diversité des fidèles. Cette concentration du pouvoir, sans véritable contrôle ni participation réelle de la base, nourrit un sentiment d’exclusion et d’impuissance. Pour nombre de croyants, cette gouvernance fermée, où les élites se cooptent entre elles, est devenue incompatible avec l’esprit évangélique de partage, de responsabilité collective et de service.
Les scandales des abus et l’effondrement de la confiance
Les scandales liés aux abus sexuels ont constitué, pour beaucoup, un point de rupture irréversible, d’autant plus qu’ils se sont accompagnés de révélations sur des sévices corporels, des violences éducatives et des pratiques humiliantes. À cela se sont ajoutées des manipulations spirituelles et des formes d’emprise psychologique exercées au sein de certaines communautés et de certains mouvements. Le choc n’a pas seulement porté sur les faits eux-mêmes, mais aussi sur leur gestion : silences prolongés, protections institutionnelles, mises à l’écart des personnes abusées. Pour de nombreux croyants, ces dérives ont profondément discrédité l’autorité morale de l’Église et rendu impossible toute confiance durable dans une institution perçue comme incapable de se protéger de ses propres abus.
Les exactions commises au sein de l’Église sur plusieurs générations ont également produit un effet durable sur les trajectoires religieuses de jeunes devenus adultes. Ils ont grandi dans un climat où la religion était associée à la souffrance, au non-dit, à l’injustice, à l’hypocrisie institutionnelle et à la négation de la parole des victimes. Pour beaucoup, la rupture a été radicale : ils se sont détournés de toute forme de croyance et se sont déclarés athées. Pour d’autres, elle s’est traduite par un anticléricalisme affirmé, nourri par le rejet d’une institution perçue comme moralement discréditée. Cette image négative du catholicisme, transmise de génération en génération, a profondément altéré la confiance dans la religion en général et a participé à la déchristianisation. Ainsi, bien avant toute réflexion personnelle sur la foi, beaucoup ont choisi de ne plus avoir affaire à l’Église, considérée non comme un lieu de sens, mais comme un héritage problématique dont il fallait s’émanciper.
L’éloignement progressif
Pour beaucoup, la prise de distance s’explique par un décalage croissant entre l’Église et la vie quotidienne. Les réalités du travail, des relations affectives, des engagements sociaux ou des choix de vie semblent peu prises en compte dans le discours ecclésial. Nombreux sont ceux qui ne se reconnaissent plus dans les priorités affichées ni dans le langage employé, jugé éloigné de leurs préoccupations concrètes. Ce sentiment d’incompatibilité installe l’idée que l’Église ne parle plus depuis la vie réelle, ni pour elle. Progressivement, beaucoup cessent de s’y sentir « chez eux » et cherchent ailleurs un espace où la foi et l’existence puissent enfin dialoguer.
Le sentiment d’exclusion d’une vie paroissiale
De nombreux croyants expliquent n’avoir trouvé ni lien communautaire, ni espace de partage et de la fraternité dans leur nouvelle paroisse, par exemple à la suite d’un déménagement ou d’un changement de vie professionnelle. Les communautés sont souvent perçues comme fragmentées, marquées par des groupes fermés, des chasses gardées où quelques-uns occupent durablement l’espace et le pouvoir. Cette difficulté à entrer dans une nouvelle communauté décourage progressivement toutes celles et tous ceux qui, après un changement de vie ou de région, cherchaient un lien humain en offrant simplement de l’aide, autant qu’un chemin spirituel, jusqu’à les pousser à s’éloigner progressivement, puis définitivement.
L’influence des normes culturelles et sociétales
Elle joue un rôle déterminant. Dans une société largement sécularisée, marquée par l’autonomie individuelle, l’égalité des droits et la pluralité des visions du monde, les références religieuses traditionnelles ont perdu leur évidence. L’accès massif à l’information, aux réseaux sociaux, à l’éducation et à des discours alternatifs a ouvert d’autres manières de penser le sens, l’éthique et la spiritualité. Nous le constatons autour de nous, en particulier auprès de la jeune génération. Face à ces évolutions, l’Église apparaît souvent en décalage, peinant à dialoguer avec la culture contemporaine, ce qui fragilise durablement l’ancrage religieux dans la vie quotidienne.
Une quête spirituelle différente
Enfin, pour un certain nombre de personnes, la prise de distance avec l’Église s’est inscrite dans un moment de transition personnelle décisif.
Un mariage avec une personne d’une autre confession… ou sans religion, a souvent conduit à reconsidérer une appartenance religieuse. D’autres, trop accaparés par le milieu professionnel, souvent régi par la réussite et l’ambition, ont également été amenés à reconsidérer une appartenance jusque-là héritée plus que choisie. D’autres encore évoquent des rencontres interculturelles avec la misère… et la façon dont elle est gérée. Des rencontres avec des communautés humaines lointaines, vivant au plus près de la nature, attentives au cycle du temps… au culte de sa force et de sa puissance. Certains ont découvert d’autres spiritualités, telles que le yoga, issu d’une influence hindouiste, mais aussi intégré et réinterprété dans le bouddhisme. La sophrologie, méthode occidentale moderne, s’est également développée. Il y a aussi la méditation de pleine conscience (mindfulness), une spiritualité non confessionnelle issue du bouddhisme, puis laïcisée en Occident. La méthode Vittoz, créée par le médecin suisse Roger Vittoz au début du XXᵉ siècle, s’inscrit dans un cadre médical et thérapeutique. À noter que certains religieux catholiques (moines et moniales) utilisent la méthode Vittoz parce qu’elle leur paraît compatible avec la prière chrétienne, tout en étant non religieuse en elle-même et très efficace pour le calme intérieur. Pour beaucoup de catholiques ayant pris leurs distances avec l’Église institutionnelle, le yoga, la sophrologie et d’autres formes de méditation représentent une spiritualité sans dogme, centrée sur l’expérience vécue… le corps… le souffle et l’intériorité : une manière de continuer à chercher sans passer par une institution religieuse. Ces passages de vie n’ont pas toujours provoqué une rupture immédiate, mais ils ont ouvert un espace de comparaison et de questionnement. Face à cette ouverture, l’Église est apparue à certains comme peu capable d’accompagner ces chemins pluriels, renforçant le sentiment que la foi pouvait désormais se vivre hors de ses frontières institutionnelles.
Conclusion
Face à ces ruptures multiples, souvent douloureuses, l’ouverture d’une École de la Foi apparaît comme une alternative, voire comme une nécessité. Les départs de l’Église institutionnelle ne traduisent pas majoritairement une disparition du besoin spirituel, mais, au contraire, l’absence de lieux capables de l’accueillir autrement. Une École de la Foi offre un espace où la quête de sens peut se poursuivre sans pression doctrinale, sans emprise morale, sans hiérarchie imposée. Elle permet de relire les Évangiles librement, de reconstruire une parole croyante adulte, d’habiter le doute sans culpabilité, et de retisser du lien communautaire sur des bases de confiance et de responsabilités partagées. Dans un contexte marqué par la défiance envers l’institution, ouvrir une École de la Foi, c’est reconnaître que la transmission spirituelle ne passe plus par l’autorité, mais par l’écoute, l’expérience vécue et la liberté intérieure.
